— Tribune

Tina Birmpili

Secrétaire exécutive du Secrétariat de l’ozone du Programme des Nations Unies pour l’environnement

Quelles que soient nos croyances ou notre religion, nous regardons le ciel. Si nous sommes désespérés ou fatigués, nous regardons le ciel. Lorsque nous sommes soulagés, nous regardons le ciel. Dans de nombreuses situations, lever les yeux vers le ciel est le geste le plus spontané et naturel que nous faisons.

Moi-même, j’adore contempler le ciel, cette vaste étendue bleue dans laquelle se reflète la mer. J’aime scruter l’horizon, au loin, durant la journée, et regarder les étoiles, tard dans la nuit, en particulier depuis les plaines africaines, où se trouve le siège de l’ONU Environnement dans lequel j’ai la chance de travailler.

L’équilibre et la santé du ciel sont toutefois réellement précaires, bien que des améliorations soient sensibles. Aujourd’hui, les mesures du taux d’ozone atmosphérique – notre bouclier contre les radiations ultraviolettes – nous montrent de façon encourageante que notre ciel est en train de se régénérer et qu’il sera bientôt « guéri ». Le protocole de Montréal – dont on fête cette année le trentième anniversaire, a entraîné l’arrêt de l’emploi de bon nombre de produits chimiques nocifs pour la couche d’ozone, et a permis ainsi au monde d’échapper à une catastrophe de grande envergure. Sans ce protocole, sans les initiatives qui ont été prises dans le monde entier, on constaterait aujourd’hui une très importante réduction planétaire de la couche d’ozone. À l’inverse, les projections scientifiques indiquent qu’elle devrait retrouver vers 2050 l’état qu’elle avait dans les années 1980.

La diminution de l’usage de ces produits chimiques a également modifié les modes de production et de consommation au quotidien : nous sommes plus efficaces énergétiquement et l’on développe des appareils innovants, adaptés à l’utilisation de produits plus écologiques ; autant de pratiques qui participent à une économie verte.
Le protocole a permis d’améliorer les perspectives concernant la santé des humains : à partir de l’année 2030, on verra diminuer chaque année de plusieurs millions les cas de cancer de la peau et les cas de cataractes. Il a également contribué à freiner les bouleversements climatiques : les substances nuisibles pour la couche d’ozone sont aussi à l’origine du réchauffement de la planète et on estime avoir empêché l’émission de plus de 135 milliards de tonnes de dioxyde de carbone entre 1990 et 2010.

Tous les changements environnementaux affectent plus durement les populations les plus démunies. Les impacts sur la production alimentaire et sur l’agriculture sont en effet plus intenses pour les gens souffrant, aujourd’hui encore, de malnutrition et d’insécurité alimentaire. Le désastre que nous avons évité en est d’autant plus considérable.

Il nous faut garder à l’esprit que la réparation des dégâts que nous infligeons à la nature est un long processus. Avoir conscience de cela doit nous rendre plus prudents dans notre rapport au monde, plus actifs dans nos actions politiques et plus patients dans l’attente des résultats.

Il est donc bon de souligner qu’aujourd’hui, des preuves scientifiques attestent la réussite d’une action collective et internationale : la restauration de la couche d’ozone, dont tous les citoyens du monde sont les bénéficiaires.

Hélas, les problèmes environnementaux dépassent aujourd’hui la seule problématique liée à la couche d’ozone. Les changements climatiques nous affectent tous, mais la pollution atmosphérique urbaine, atteint également notre qualité de vie et menace notre santé. L’Organisation mondiale de la santé estime qu’en 2012, 12,6 millions de personnes ont péri dans le monde à cause de leurs conditions de vie ou de travail ; beaucoup de ces décès sont imputables à la pollution de l’air et, là encore, les plus pauvres sont les plus touchés.

L’écologie nous concerne tous. Des milliers de produits, issus de nombreux secteurs de l’industrie, génèrent encore des gaz à effet de serre ou des substances détruisant l’ozone. Nous avons donc aujourd’hui, en tant que citoyens et en tant que consommateurs de nombreux choix à faire, pour protéger notre ciel, notre nature, le climat et la couche d’ozone. L’accès à l’information est crucial : pour pouvoir se battre il faut connaître tous les aspects d’un combat. Tous les choix que vous faites, chaque comportement que vous adoptez, lorsque vous mangez, lorsque vous buvez, prenez une douche, ou lorsque vous vous déplacez, ont un impact sur notre planète. Être proches de la nature nous permet de réaliser à quel point nous sommes petits et vulnérables, mais aussi dangereux lorsque nous jouons avec son équilibre fragile.

200 pages – 19 €
Broché – Bandeau poster
ISBN : 978-2-9551448-3-1

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Au sommaire

Les Aventuriers du ciel, Nuages, effet de serre, arcs-en-ciel et météores, vols de nuit avec les oiseaux migrateurs, drones d’espionnage, la Vierge Marie en altitude, la déforestation, Ranulph Fiennes : des pôles aux plus hauts sommets, entretien avec Bertrand Piccard, Étienne Klein, Aslı Erdoğan, le dragon de Cuba, portrait d’Henry de Monfreid, l’écrivain-corsaire de la mer Rouge, par Olivier Weber, Richard Misrach, en prison entre Alcatraz et l’Île du Diable, les routes du thé, dirigeables et cerfs-volants, Moby Dick…

Bernard Marck, journaliste et écrivain

En 1863, Gabriel de La Landelle titre son ouvrage relatant les expériences de vol de son ami Jean-Marie Le Bris dans un appareil plus lourd que l’air avec un néologisme : il l’intitule Aviation, ou Navigation aérienne (sans ballons). Le terme était né, mais l’activité qu’il embrasse n’avait pas attendu le XIXe siècle pour stimuler l’inventivité des hommes et des femmes attirés vers le ciel. Et si les tout premiers audacieux qui ont tenté de décoller du sol l’ont souvent payé cher, on reconnaît bien aujourd’hui la valeur et le courage des pionnières et des pionniers de l’aviation.

Hervé Le Treut, climatologue

Nous sommes en 1938, dans Hôtel du Nord, quand Mme Raymonde, sous les traits d’Arletty, demande à son souteneur si elle a « une gueule d’atmosphère ». Les connaissances sur la composition de l’air et sur les phénomènes météorologiques sont alors à leurs balbutiements, mais l’expression demeure. Parce qu’elle constitue le patrimoine commun le plus partagé de l’humanité, mais aussi parce que le spectacle des nuages, de la foudre, des arcs-en-ciel ou des aurores boréales est d’une inépuisable beauté, l’atmosphère de notre planète mérite notre plus délicate attention.

Rencontre avec Bertrand Piccard, aéronaute et psychiatre

Pionnier avant tout ! En 1999, Bertrand Piccard effectue avec Brian Jones le premier tour du monde en ballon. En 2016, c’est à bord d’un avion solaire qu’il récidive avec André Borschberg ; une épopée qu’ils racontent dans Objectif Soleil – L’Aventure Solar Impulse. Relever des défis est chez les Piccard, une affaire de famille : son grand-père est considéré comme le premier homme dans l’espace et son père est descendu au plus profond des océans, là où personne encore n’était allé. De quoi faire dire à l’écrivain Jacques Lacarrière qu’ « à eux trois, ils rassemblent les rêves les plus fous de l’homme : devenir poisson ou oiseau ». Rencontre.

Découvrez l’ensemble de la gamme CIEL, premier volet de la collection « Horizon » : trois carnets thématiques Notes & Lectures : Oiseaux de paradis, Montgolfières et Carnets de vols, ainsi que deux cartes Géographie Nostalgique : Creatio Universi et Planisphærium Cœleste.