RELIEFS

“Jusqu’au XIXe siècle les scientifiques étaient des aventuriers, [...] l’exploration de la planète n’était pas terminée. maintenant, il faut plutôt chercher à savoir comment le monde qui nous entoure fonctionne et surtout comment l’homme va se conduire à l’égard de cette petite boule si fragile tournant dans l’univers.”

- Théodore Monod

R2 TROPIQUES
TRIBUNE


Éric Julien


Au nombre de 15 000, les Indiens Kogis sont les derniers héritiers des grandes sociétés précolombiennes du continent sud-américain. Repliés dans les hautes terres de la Sierra Nevada de Santa Marta, massif côtier le plus haut du monde, ils tentent de préserver les grands équilibres de la « mère terre », dont ils se considèrent les gardiens.

Pilleurs de tombes, trafic de cocaïne, exploitation de bois précieux, tourisme, pillage des connaissances ancestrales… face aux multiples agressions dont ils sont victimes, les grands frères, comme ils se nomment, tentent de nous alerter.

« Aujourd’hui, la terre est malade, la nature est malade ; si nous ne faisons rien, nous allons disparaître, prévient Arregoces Coronado. Le message que nous envoyons à la nature est un message de violence et de destruction. Nous lui disons “nous ne voulons plus de toi, nous voulons abréger notre histoire”. C’est cela que nous lui envoyons. Alors elle nous renvoie, ce que nous lui envoyons, de la violence et de la destruction. Des tremblements de terre, des inondations, un dérèglement climatique.

Si nous voulons essayer de soigner la terre, la nature, les protéger,c’est ensemble que nous devons le faire. Ce n’est pas une question k0gi, française, ou suisse, c’est une question qui concerne toute l’humanité. »

Nous ne le savons pas encore, mais les sociétés « racines », dont font partie les Indiens Kogis, sont porteuses des clefs de notre avenir. Pour l’avant-garde agissante, les explorateurs de possibles déjà en chemin, elles offrent la chance d’élargir le regard, de retrouver l’essentiel, pour tenter de distinguer dans l’horizon d’autres formes de compréhension du monde, d’être et de vivre ensemble. Au nombre de 300 millions et répartis dans 77 pays, ces « Invisibles », comme les nommait René Char, sont les derniers témoins d’une période historique pendant laquelle les humains se devaient de vivre en alliance avec la nature. Pas tant par choix, que parce qu’ils n’avaient pas d’autres alternatives pour survivre.

À travers le temps, et selon les spécificités propres à chaque espace géographique – montagne, désert, forêt –, ils ont développé des imaginaires sociaux. Qui se caractérisent par : l’apprentissage du monde vécu comme un tout, où l’humain n’a qu’une place parmi d’autres ; l’altérité comme principe de vie ; et la violence comme une menace qu’il convient de tenir à distance. On pourrait appeler cette période de l’histoire humaine, la plus longue, le premier monde.

Avec le Siècle des lumières, l’accélération du développement et l’augmentation de la population urbaine, qui atteint aujourd’hui 60 % de la population mondiale et 80 % de la population dans les pays du Nord, est apparu le deuxième monde. Un deuxième monde qui, dans son illusion de toute puissance, a réduit la nature au rang de paysage, terrain de loisir ou source inépuisable de matières premières. Les déséquilibres se sont multipliés, qu’ils soient psychiques, environnementaux ou économiques.

Ils font tenir ces propos au sociologue Edgar Morin : « Nous sommes dans un véhicule emballé, sur lequel nous n’avons plus de contrôle et qui fonce droit dans le mur. » S’il est impossible de revenir au premier monde, il n’est pas possible non plus de rester dans le deuxième. Nous sommes confrontés à l’urgente nécessité d’inventer un troisième monde, où nature et modernité auraient retrouvé des chemins d’alliance.

En cela, les peuples « racines », dont font partie les Kogis, peuvent nous aider, eux qui n’ont jamais perdu ces relations avec la nature. Réinvestir notre modernité, à la lumière des connaissances et de la manière d’être au monde des peuples racines, pour donner naissance à une « éco-modernité », voilà l’enjeu.

Selon Marco Barro, shaman Kogis : « Seuls, nous ne pouvons pas protéger la Terre, ensemble nous pouvons faire quelque chose. Pour cela, il faudrait que nous puissions dialoguer, nous respecter, pour voir ensemble, ce que nous pouvons faire. Il n’est plus temps de parler, mais d’agir. »

Nous le savons, ce n’est pas avec les outils, les manières de penser qui nous ont conduit aux impasses du deuxième monde que nous arriverons à faire surgir ce troisième monde. Il nous faut avoir l’audace de la rencontre, du dialogue avec l’Autre en général et les peuples « racines » en particulier, pour qu’émergent le non advenu, le non encore pensé. Nous avons besoin de cela, pour faire face aux grands enjeux de notre temps. Alors, peut-être, les paysages, redeviendront-ils pays-sages, l’aménagement se fera ménagement, et l’aventure humaine redeviendra vivante et créative, car solidaire de cette nature qui nous porte et nous fait vivre. »

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Grand Angle sur les Tropiques

Les tropiques ?
C’est ce que je connais de plus intéressant sur Terre. On me croit botaniste – et ce n’est pas totalement faux ; mais je suis plus sensible encore aux pays tropicaux qu’aux plantes qui y poussent.

Allez voir les petits matins roses sur la rivière de Bangkok ou, comme Lady Isabella Bird, allez admirer les délicieux parfums, l’air embaumé des forêts de Malaisie et « la gloire des tropiques brûlants, incommunicable, impossible à raconter» (1883).

-Francis Hallé

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Petite histoire médicale des tropiques

L’histoire de la médecine se construit pas à pas. Guillaume Lachenal raconte cette épopée au coeur du continent Africain, du xviiie siècle à aujourd’hui.

D’abord vus comme le tombeau de l’homme blanc, les tropiques deviennent au fil du temps le lieu de tous les espoirs d’éradication des maladies tropicales.

Mais les grands virus d’aujourd’hui nous montrent que l’histoire ne marche pas en ligne droite...

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Les mondes perdus des Edens

Evrard Wendenbaum est un explorateur des temps modernes: des instruments high-tech ont remplacé gourde et boussole.

Sportif et grimpeur, c’est en parcourant Google Earth qu’il trouve sa vocation. Il s’aperçoit que quelques lieux restent encore vierges d’intrusion humaine. Des massifs denses et inaccessibles, où même les populations locales ne s’aventurent que rarement...

Evrard décide de découvrir ces paradis. Savoir que ces lieux intacts sont menacés par les industries environnantes, le fait aller plus loin: il lutte à présent pour leur préservation.

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R1 ABYSSES
TRIBUNE


Claire Nouvian


Les océans constituent le plus grand réservoir de biodiversité au monde. Les eaux profondes abritent d’innombrables espèces, molécules et gènes tous plus fascinants ou prometteurs les uns que les autres. Ces organismes ont évolué dans des conditions extrêmes.

Leur valeur patrimoniale est inestimable et ils ont tout à nous offrir: l’incroyable aventure intellectuelle de découvrir leur existence et de comprendre leurs mécanismes d’adaptation physiologique, des traitements médicinaux et des procédés biologiques novateurs. Sans parler des services indirects qu’ils nous rendent, tels que la séquestration chaque année de millions de tonnes de carbone.

Ce milieu obscur, riche mais fragile n’a longtemps intéressé que les explorateurs et les biologistes marins. Aujourd’hui les grands fonds océaniques servent tour à tour de zone de pêche, de dépotoir pour déchets radioactifs, de cimetière pour armes de guerre chimiques et de source de minerais dont dépendent les technologies de pointe et les technologies «vertes» comme le photo - voltaïque. Mais à quel prix? L’extraction minière génère des nuages de sédiments et de métaux au-dessus du fond, dans la colonne d’eau et en surface, asphyxiant ainsi les communautés biologiques et altérant les flux chimiques. Autant de phénomènes aux conséquences inconnues.

Qu’on se le tienne pour dit: l’exploitation des océans profonds ne pourra se faire qu’à l’aveugle. Le retard de la science par rapport à la rapidité d’épuisement des réserves minières est critique. Depuis les années 1980, l’épuisement des stocks de poissons près des côtes a poussé les navires de pêche à exploiter des zones de plus en plus éloignées. Les fonds marins se sont retrouvés confrontés à la redoutable efficacité des technologies de pêche les plus avancées, telles que le chalutage profond, méthode décrite par les chercheurs comme «la plus destructrice de l’Histoire».

Les filets de chalutier, lestés de lourds panneaux d’acier, raclent tout sur leur passage et ne laissent qu’un sol vaseux là où se trouvaient quelques secondes auparavant des communautés de coraux et d’éponges pluricentenaires. Pour trois espèces commercialisables remontées, une centaine est rejetée morte à la mer, dont des requins profonds menacés d’extinction. La pêche profonde au chalut est subventionnée, déficitaire et très peu génératrice d’emplois.

Près de 900 000 citoyens ont signé la pétition de BLOO M pour faire interdire cette technique de pêche.Malgré cela, l’Union européenne n’a pas encore acté l’interdiction du chalutage profond, notamment sous la pression de la France qui a choisi de défendre une poignée de navires industriels.

Nous n’avons pas à sacrifier l’intégrité des habitats marins et terrestres, avec toutes les ramifications écologiques qui en dépendent, pour manger quelques poissons chargés de métaux lourds ou pour fabriquer un smartphone. Tôt ou tard, nous toucherons les limites physiques et biologiques de la planète et serons alors sommés de «muter vers une économie de la sobriété ou de la frugalit黹.

Pourquoi attendre d’être au pied du mur pour opérer les mutations nécessaires? Le prix à payer sur notre biosphère est bien trop élevé. Ainsi que l’écologiste Aldo Leopold l’avait compris dès 1946, l’arbi - trage de la société devra se faire en fonction des valeurs auxquelles elle est attachée: «Nous sommes mainte - nant confrontés à la question de savoir si un «niveau de vie» encore plus élevé justifie son prix en êtres sauvages, naturels et libres. Pour nous, minorité, la possibilité de voir des oies est plus importante que la télévision. » 1. Philippe Bihouix. «Métaux, Comment éviter la pénurie ». L’Écologiste, n o33, Vol. 11 n o3, hiver 2010.

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Les mondes perdus des Edens

Le but de cette première campagne océanographique : mesurer la profondeur et draguer le fond des océans afin de récolter roches et organismes. Cette mission est le début d’une quête au long cours : percer le mystère des abysses. Ceux-ci sont restés longtemps moins connus que la surface de Mars ou de la Lune !

Du sondage au fil aux sources hydothermales, retour sur plus d’un siècle de techniques et de découvertes permettant la com- préhension globale de la dynamique de la Terre.

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Les mondes perdus des Edens

Miles Traer revient sur un troublant mystère : la disparition de deux alpinistes partis en juin 1924 à la conquête de l’Everest.

Qu’est-il advenu du très expérimenté Georges Mallory et de son jeune compagnon Andrew Irvine ? L’enquête est ouverte depuis près d’un siècle.

Et la montagne n’a toujours par livré ses derniers secrets. Le récit d’une aventure tragique.

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Les mondes perdus des Edens

Le chinois Zheng He, né en 1371, eunuque et musulman, est l’un des plus importants explo- rateurs de l’Histoire.

L’empereur Yongle, de la dynastie Ming, souhaitant accroître son terri- toire, le fait amiral et l’envoie en missions diplomatiques et commerciales en Asie du Sud-Est, en Inde, au Moyen-Orient, et en Afrique. Pendant trente ans, il sillonne les mers et découvre des terres lointaines, avant que la Chine ne se ferme sur elle-même.

Michel Le Bris, écrivain passionné par les récits d’explorations et de voyages, revient sur ce destin extraordinaire.

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